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Normand Perry
De deux maux, il faut toujours choisir le moindre.

dimanche 22 avril 2007

Devant la catastrophe appréhendée au plan économique, peut-on vraiment abdiquer alors que l’on sait très bien que l’existence même de l’humanité est en péril par le rejet honteux des objectifs de Kyoto ?

Le ministre fédéral de l’Environnement John Baird annonçait le 19 avril à Ottawa que le Canada risquait de tomber en récession, plus grave que celle du début des années 1980, si le respect des objectifs de Kyoto devait être maintenu. Conséquences d’une telle récession : une augmentation assez importante du chômage et catastrophe au plan économique dit-il.

Beaucoup d’observateurs mettent en doute le rapport sur lequel s’appuie John Baird pour annoncer cette apocalypse économique. Même la nouvelle ministre de l’Environnement à Québec, Line Beauchamp, fut obligée, à peine vingt-quatre heures après sa nomination à ce poste dans le nouveau gouvernement Charest, de faire remarquer que ce rapport présenté par John Baird aux sénateurs libéraux (rapport appuyé par les dirigeants de la TD Bank) fait uniquement la démonstration du pire des scénarios au plan économique, si le Canada s’engage dans le respect intégral des objectifs de Kyoto pour 2012. Madame Beauchamp a relevé avec justesse que ce rapport ne fait aucunement mention des bienfaits, même au plan économique, du respect intégral de Kyoto.

Admettons par pure hypothèse que John Baird ait raison. Le protocole de Kyoto est respecté à la lettre et puis boom, le prix de l’essence monte en flèche et se maintient à $1.60 le litre, le fardeau fiscal des familles canadiennes augmente en moyenne de quatre mille dollars annuellement, 275,000 emplois sont perdus, etc. Enfin, vous voyez le tableau noir qui se dessine selon John Baird. Bon, disons que tout cela est vrai et que ça arrive comme ça !

Et puis après ?

L’être humain est-il à ce point devenu aveuglé par cet esprit mercantiliste qu’il soit incapable de voir que c’est l’avenir même de son espèce qui est au centre du débat présent à propos de Kyoto ?

Qu’est-ce que c’est, en gravité, une catastrophe au plan économique, si le prix à payer pour le rejet de Kyoto est la disparition de toute forme de vie humaine sur notre planète en moins d’un siècle ? Je n’invente pas ce scénario vous savez. Hubert Reeves, notre célèbre astrophysicien, pense le plus sérieusement du monde que si les objectifs de Kyoto ne sont, non seulement pas respectés, mais dépassés et accentués, la race humaine risque tout simplement de ne pas être mesure de franchir le XXIIième siècle. Ce n’est pas très très loin ça 2101 !

Mais à vrai dire, que recherchent les conservateurs en sortant ainsi les gros épouvantails à moineaux ? Vous avez remarqué la réaction des partis d’opposition à la Chambre des communes ? De manière unanime ils se sont tous braqués contre cette étude du ministre Baird. Et qu’arrivera-t-il si un vote de confiance était appelé en chambre sur cette question précise ? Un renversement du Gouvernement est à prévoir. Et c’est probablement ce que recherche le Premier ministre canadien Stephen Harper : un alibi pour se retrouver en campagne électorale. C’est un secret de polichinelle qu’il se cherche une majorité, et tout est calculé en fonction de ce but depuis janvier dernier. La tendance dans les sondages donne aux conservateurs des espoirs de gains réels au Québec, peut-être aussi en Ontario. Machiavel se serait-il trouvé un digne successeur en Stephen Harper ?

Mais revenons sur ce rapport évoqué en introduction. Ce rapport fut effectué par des économistes chevronnés peut-être, mais des économistes.

La situation précaire actuelle des écosystèmes planétaires et des changements climatiques commande de manière impérative un changement de paradigme dans notre façon d’envisager l’avenir tout court. Les scientifiques ont prouvé hors de tout doute raisonnable, depuis au moins les cinq dernières années, par maintes études toutes aussi crédibles les unes que les autres, que la dégradation de cette situation précaire est en course accélérée. Les économistes doivent se mettre dans la tête une fois pour toutes qu’il est désormais impossible de considérer l’économie dans un silo bien isolé. L’avenir de l’économie ne peut être envisagé de manière compartimentée par rapport à la vie sociale, par rapport à l’écologie ou par rapport à l’avenir même de l’humanité.

Les conservateurs avaient gagné, dans l’esprit de beaucoup de gens, de l’estime et du respect dans leur façon de gouverner jusqu’à ce jour. La sortie du ministre John Baird lorsqu’il a présenté ce rapport économique aux sénateurs est un bien mauvais calcul de la part du gouvernement Harper. Le ministre sous-estime l’importance réelle des questions environnementales et climatiques dans l’esprit de chaque citoyen. S’il devait y avoir un renversement sur cette question à la Chambre des communes, monsieur Harper pourrait se retrouver en très fâcheuse position devant l’électorat, car la prochaine élection porterait strictement sur ce thème et c’est sur ce comportement irresponsable qu’il pourrait être jugé. Les conservateurs ont fait clairement la démonstration qu’ils sont prêts à hypothéquer l’avenir même du genre humain, strictement pour une question de sous.

Une fois de plus, le Bloc québécois pourrait devenir la pierre angulaire sur laquelle s’enfargerait toute formation politique fédérale refusant de respecter une des valeurs fondamentales du peuple québécois, celui de son attachement aux valeurs humanistes. La protection de l’environnement, tout comme la lutte aux changements climatiques, fait partie intégrante de ces valeurs.

Comment croire à un discours de fédéralisme d’ouverture alors que dans notre dos l’on veut accélérer la fin abrupte de l’histoire humaine ?






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